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Je ne m'arrête pas à trois détails "négatifs"...

Au début, on observe. Normal. On veut connaître l'autre, savoir s'il est fait pour nous et si nous avons bien raison de nous lancer. Alors on note qu'il a payé l'addition en tickets resto, que ses potes ont l'air de prendre énormément de place (comprendre : trouverons-nous la nôtre ?) et qu'il ne semble pas savoir s'imposer (il dit "oui" à tout ce qu'on lui propose, c'est presque un peu grave). Sauf qu'à décortiquer mille détails de la sorte, on est plutôt en train de se freiner que de s'ouvrir. C'est dommage. Un garçon qui dit "oui" à tout cherche juste à nous faire plaisir et cela ne présage en aucun cas un manque de caractère. Car dans un mois, quand il sera plus à l'aise, il dira "non" et on ne sera pas contente. Donc on fait quoi ? On relâche la pression, on revoit ses exigences à la baisse en laissant une chance à cette histoire naissante. Ce n'est pas la peine de tirer des conclusions hâtives rongeuses de neurones ou de... planquer sa peur derrière quelques fausses excuses.

... mais pas à deux détails "positifs" non plus

Parce que monsieur est très beau, très attentionné, bref il est parfait, et ce côté parfait nous dérange. D'abord, on croit que cela cache quelque chose de terrible ou bien qu'on ne mérite pas d'avoir fait la bonne pioche. Bah non (cela ne cache pas forcément quelque chose d'atroce) et si (on peut nous aussi tomber sur un super garçon). De toute façon, il y a le temps pour les petites ombres au tableau (il ronfle), mais ce n'est pas une raison pour tout plaquer avant même que ça commence, par peur de déchanter ou de se faire jeter pour une fille qui elle "mériterait". Alors on respire ! On a rencontré quelqu'un de bien et la seule chose à laquelle on a droit de penser est : c'est chouette, super chouette, je profite, merci, au revoir.

Je zappe la règle des trois jours

Laisser trois jours entre chaque message et donc plus entre chaque rendez-vous, c'est un peu casse-pied et complètement handicapant. Se laisser soi-disant désirer… pourquoi faire ? Pour guetter son téléphone sans arrêt, piégée, parce qu'on s'interdit de lui écrire et qu'on se torture la tête à savoir s'il joue au même jeu. Alors on peut arrêter de jouer et finalement envoyer un petit mot quand ça nous chante, proposer un rendez-vous quand ça nous dit, sans réfléchir, sans compter, calculer. Sinon voilà qu'on se retourne les méninges toute la journée – et avec des copines parce que c'est plus sympa – à essayer de comprendre s'il ne nous appelle pas à cause de cette règle et en ajoutant que "nous on la suit, surtout au cas où il la suive". On perd du temps.

Je n'enquête pas sur son passé

Dieu que c'est tentant. De savoir à quel âge il a eu son premier rapport sexuel (avec qui, des fois qu'on la retrouve), combien de partenaires il a connu(e)s, de quand date sa dernière relation et si elle ne traînerait pas encore un peu dans ses pattes. Que d'informations palpitantes au but unique : nous aider, via ce passé, à envisager notre futur avec lui. Comme si son curriculum vitae amoureux détenait les réponses de notre avenir ensemble. On se trompe. Ce n'est pas parce que monsieur a toujours été très plans fesses qu'il ne se lancera pas dans une histoire sérieuse avec nous et ce n'est pas parce qu'il n'a connu que des histoires longues qu'il va nous choisir histoire de se poser parce qu'il aime juste le confort et que ça craint d'être seul (nos interprétations nous desservent souvent). Du coup, je décide plutôt d'ignorer son "avant", ce qui m'évite de cogiter sans cesse, inutilement, la nuit, le jour et face à lui, en essayant de choper le moindre indice. Une rencontre se conjugue au futur, pas au passé.

J'agis naturellement

On le sait, ça, qu'il faut être naturelle. Pourtant, on se grime un peu. On ne va pas quand même pas l'inviter avec nos potes (déjà) au cas où il prenne peur. Non plus lui proposer de rentrer chez nous pour un dernier verre des fois que ce soit trop cliché. On ne va pas non plus lui écrire de peur d'avoir l'air lourd, amoureux, insatiable. Bah si. On va agir tranquillement, comme ça nous vient. On ne va plus se demander "ce qu'il faut faire", mais on va faire "ce qu'on a envie de faire". Subtil, mais efficace. Car se comporter de la sorte, ça fait du bien, ça évite de réfléchir mille ans avant de se lancer, c'est aussi respecter ses désirs et ses élans, donc s'alléger d'un poids. Ça pèse épais, que de garder pour soi tout ce qu'on aimerait offrir, dire, donner. Et puis en agissant comme ça, on se garantit une chose : si cette rencontre n'aboutit pas, on ne regrettera rien. Comme disait Cocteau, on regrette toujours ce qu'on n'a pas fait. Pas ce qu'on a fait. Ça va mieux.

 

Voir aussi :

 


Journal des femmes

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