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Le premier baiser
On vient de passer notre première soirée ensemble. Et c'était bien. C'était même très bien. Je suis là, bouche tendue, l'envie que notre entente se concrétise à coup de salives mélangées. Sauf que je transpire, je tremble, mon cœur s'emballe. L'amour est magique, mais je préfère de loin les baisers routiniers, de ceux qu'on n'a pas peur de réclamer ou d'engager. Je fais quoi, au moment de se dire au revoir ? Je respire un bon coup en me rappelant que tout ça est joli avant d'être stressant (dans mes souvenirs, ça sera comme ça). Et comme je n'ose pas me lancer alors j'envoie simplement les bons signaux : gros sourire et regard bien planté dans le sien. Absolument pas décidée à partir tant que nos bouches ne se seront pas rencontrées. Il y a fort à parier que l'homme ici présent tentera pour nous deux.

Le premier baiser du bonjour qui suit
Le premier baiser, c'est fait. Mais il y a l'autre premier baiser, celui des retrouvailles du lendemain ou surlendemain, devant le cinéma ou à la sortie du métro. Je suis là à l'attendre. M'embrassera ? Ne m'embrassera pas ? Que dois-je faire ? D'abord me répéter que si nous avons échangé notre premier baiser il y a quelques jours et que nous nous revoyons aujourd'hui, c'est que tout va bien et qu'un nouveau bisou aura lieu. Ensuite, je suis maligne, j'ai de l'avance, je me plante sur le lieu du rendez-vous et je laisse l'homme venir à moi. Il use de la même stratégie et est là deux heures avant ? Je m'approche de lui et je dépose mes lèvres sur les siennes : on est là pour ça et personne n'en est jamais mort.

Le premier rapport sexuel
Nos corps se rapprochent. Au ciné, nos mains s'entrelaçaient et on était même mal à l'aise quand les deux acteurs faisaient l'amour. En rentrant, c'est notre tour, c'est inévitable, on le sent. J'ai peur de ce moment, de ce que j'espère être et recevoir. Si ça peut me rassurer, je projette au maximum d'éteindre la lumière, je projette même de boire un petit coup avant. Point trop n'en faut mais ça a toujours détendu les gens comme moi, l'alcool. Ensuite, je me laisse aller au maximum quand nos peaux se rencontrent : tout ça n'est que magique. Je capte son odeur, son toucher, sa respiration. Je me concentre sur lui et non sur cette petite voix qui me dit de tout donner : on ne donne jamais tout la première fois et la première fois n'est jamais la meilleure. Chaque nouvelle rencontre exige que nos corps se découvrent, s'apprivoisent, se cernent. Le temps bonifie les rapports et la bonne nouvelle, c'est qu'on en est qu'au début.

Le premier réveil
Au réveil, je ne suis pas coiffée, j'ai l'haleine aussi mauvaise que l'humeur. Et alors ? Tout le monde. Cet homme qui dort à côté de moi ne sera pas non plus au meilleur de lui-même. Alors je relativise : on sera dans le même état et ce n'est pas la première fois que quelqu'un nous découvre ainsi. Je ne suis pas obligée de lui dire bonjour dans le nez, ni même obligée d'allumer ma lumière de 5000 W pour lui montrer à quoi je ressemble. On reste dans notre cocon, c'est plein de tendresse et on avale de suite un jus d'orange ou un café pour que notre bouche reprenne vie et que nos mauvaises odeurs aillent se faire voir. Quant à mon look, ma coiffure et ma peau naturelle, je m'en fiche : je pense aux jours où il me tiendra les cheveux quand je vomirai, en me rappelant que l'intime fera partie de nous et que personne n'a jamais été quitté pour un épi ou un bouton non corrigé.

L'envie d'aller aux toilettes
Maintenant que j'ai bu mon café, j'ai réveillé mon système digestif qui m'invite à aller aux toilettes de ce pas. Je peux toujours serrer les fesses et fuir très rapidement. Je peux aussi user de stratégies vues et revues, que je connais par cœur. De la musique au papier au fond des toilettes. Je peux aussi, si les toilettes sont dans la salle-de-bain, profiter d'une douche pour être tranquille. Mais en effet, cette petite gêne du début reste une des plus "insurmontables". Même les hommes flippent. Tout le monde flippe. Parce que tout le monde fait caca. C'est rassurant, non ? Non. Alors j'essaie, avec le temps, d'amorcer la situation avec quelques blagues. Beaucoup de couples en rigolent avant de passer à l'acte. Tu te bouches les oreilles, hein ? Je suis une princesse mais je prends cinq minutes de pause.

La présentation de ses amis
Je stresse comme avant un entretien d'embauche. Ce soir, c'est le grand soir, c'est aussi le soir où j'ai quinze boutons et pas d'humour. Le monde est mal fait. Je dois juste sortir de ma tête l'idée que ses amis vont me juger (bon, d'accord, ils me jugeront un peu, mais parce que c'est humain, que d'observer la nouvelle compagne de leur pote de toujours. Mais ça n'ira pas plus loin, ils se diront que je suis sympa, ou timide et qu'ils n'en savent rien, en fait). J'y vais donc le plus sobrement possible. Pas d'extravagance. Et je me laisse complètement porter par cette bande d'amis qui elle, est très à l'aise : elle a l'habitude des soirées, donc moi je n'ai rien à faire. Choisir à boire, répondre aux questions et en poser pour engager la conversation. Ensuite, je n'oublie pas que l'homme est là, ici présent et qu'il veillera à ce que je me sente bien. Pourquoi tant d'attentions ? Parce qu'il tombe amoureux. Sinon, je ne serais pas là.

 

 


Journal des femmes

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