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J’accepte de souffrir
Pierre est parti, je souffre et je l’accepte. Dans la vie, on traverse des zones d’inconfort et il est essentiel de les accueillir, m’explique la psychothérapeute. Je ne nie pas ma souffrance et je ne joue pas à celle qui va bien. Ce n’est pas parce j’assume d’être mal, notamment auprès des autres, que je me complais dedans. C’est simplement que j’évite le déni et que je cohabite avec mon chagrin tant qu’il est là. Si le monde autour de moi me renvoie l’image d’un idéal de moi-même (qui va bien, qui s’en remet vite et qui couche à droite à gauche pour rebondir), il me ment : la vie n’est pas toute rose et une rupture jamais simple.

Je trie les copines à qui je me confie
Je ne confonds pas l’amitié et le social. Je fais donc un état des lieux et je choisis à qui j’ai envie de me confier. Mes proches sont là pour m’écouter et c’est très bien. Trop point n’en faut. Car à force de parler et d’étaler mon chagrin, je suis victime d’une " dilution énergétique " me dit la psychothérapeute : trop raconter, c’est perdre de mon énergie globale. Or j’en ai besoin pour avancer, me retrouver et guérir. J’apprends donc à me préserver et je garde mes forces pour moi, pas pour relater.

Je reviens à moi
Lors d’une rupture amoureuse, l’’important est de revenir à soi, de comprendre ses besoins et de les satisfaire. C’est ainsi qu’on grandit. Dans ma petite existence, je n’ai besoin de personne, au sens infantile du terme, m’éclaire la psychothérapeute. Amoureuse, on s’illusionne : on pense avoir trouvé la personne idéale (c’est peut-être le cas) mais on croit à tort qu’elle est une brique de notre identité. Or, ce qui compte, c’est l’individuation. Je suis certes un animal social, j’aime les gens et mon appartement vide m’effraie, mais je dois me recentrer : j’existe. De quoi ai-je envie aujourd’hui, pour moi et juste avec moi ?

Je sors… si je veux
Il est hors de question que je me force. Les copines insistent pour que je me change les idées mais peu importe. Je vis une séparation et je suis à vif. Donc sortir en boîte de nuit, le sourire absent et la mine défaite, ça risque de me déprimer encore plus. Rentrer de là en pensant que je ne plairai plus jamais va me noyer davantage. Donc je refuse de sortir à tout va si je me sens trop fragile. Par contre, je privilégie les tête-à-tête reposants et réconfortants, avec les personnes qui ont conscience de mon état et me laisseront être qui je suis.

Je me fais masser
Lorsqu’on me touche, je suis ramenée au moment présent. J’apprends le " ici et maintenant ". Tout ce qui ramène à mon corps, comme le sport ou avaler des protéines, ça m’aide à relâcher. Je me sens davantage moi en sortant d’une séance de massage. J’ai soudainement les pieds sur terre et c’est fou le bien que ça fait. Je n’avais pas un budget mirobolant mais une fois, juste une fois, et je sens déjà les effets.

Je vis pas à pas
Se projeter dans l’heure qui vient est mon maximum parce que je suis déprimée. La psychothérapeute me dit que c’est très bien, que je ne dois pas chercher à imaginer ma vie dans six mois. Je me concentre donc sur ce qui m’attend tout de suite : passer faire une course, appeler une amie et pourquoi pas, prendre un bain. Pour le reste, ça attendra. C’est une façon de faire confiance en la vie : je la laisse gérer l’avenir, moi je m’occupe de mon maintenant.

Je n’en veux pas à mon ex
Il m’a fait certes fait du mal mais rien ne me sert de lui en vouloir. La colère et le désir de vengeance ne font pas guérir. Crever ses pneus et salir sa nouvelle petite amie ne me feront pas avancer, pourtant j’y ai pensé. La psychothérapeute me reprend : peu importe que lui aille bien ou mal, il est nécessaire que je me concentre sur ma personne. On a le droit d’aimer les gens qui ne nous aiment pas, ou plus.

Je fais du temps un vieux pote
Le temps est un allié : plus il passe, plus on guérit. Cependant, j’ai l’impression qu’il s’est stoppé. La psychothérapeute m’apprend que tous les outils sont bons pour le faire passer. Je peux me raconter des histoires, en évitant de trop y croire aussi, mais si penser que Pierre va revenir m’aide à me lever le matin, pourquoi pas. La psychothérapeute me suggère aussi de lire des polars, parce que c’est bien souvent addictif.

Je fais (enfin) le deuil de mon deuil
Un beau matin, je me sens bien. Le souci parfois, c’est qu’on s’est tellement habitué à son chagrin que le voir déserter créé un vide. Alors on s’accroche à lui, parce qu’on est mine de rien attachée à son fonctionnement. Or voilà, si mon deuil a fait son chemin, eh bien je dois entreprendre le deuil de mon deuil, m’encourage la psychothérapeute. Certes, on préfère les situations qu’on connait bien et qui nous font souffrir que celles qui sentent l’inconnu mais le bonheur. Alors j’ose me le dire : je vais mieux, tout va mieux, j’ai grandi et l’amour demain pourra à nouveau me surprendre.

Merci à Odile Chabrillac, Naturopathe et psychothérapeute analytique. Elle est l’auteure de Retrouve confiance en soi même quand on s’est fait plaquer aux Editions Solar, collection Harmonie.

Voir aussi :

 


Journal des femmes

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