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Sylvia APATA est une Juriste, Experte en Droits de l’Homme et Action humanitaire. Elle évoque ici le mariage dans la vie des jeunes femmes africaines. Selon elle, plutôt qu’aller au bout de leurs études pour entrer dans la vie active avec les moyens de leur indépendance, elles abandonnent très tôt leurs rêves pour le mariage.

Cette femme engagée dans la lutte pour l’égalité hommes femmes en Côte d’Ivoire détaille ici comme la société africaine pousse la femme vers le seul rôle d’épouse.

Le mariage, un mot qui a beaucoup de valeur dans nos sociétés africaines !

En effet, depuis la cellule familiale jusqu’à l’entourage, le mariage est considéré comme le meilleur moyen d’insertion sociale pour la femme. Nos mères nous l’ont toujours répété: « Ma fille, tu es appelée à te marier, alors tu dois savoir tenir ton foyer. C’est la femme qui tient le foyer ». La jeune fille grandit donc avec l’idée qu’une fois atteint l’âge de la majorité, elle doit nécessairement se marier pour être épanouie. Nous sommes persuadées que le mariage est l’eldorado. La société africaine elle-même également nous l’a fait comprendre ! Lorsqu’à partir d’un certain âge, vous n’êtes pas mariée, vous êtes l’objet de médisance de la part de votre entourage. Laquelle jeune fille qui commence à passer sa 25e année de naissance peut affirmer qu’elle n’a pas encore été confrontée à la question suivante : « Tu te maries quand ? ». Quand celle-ci scolarisée fini son cursus universitaire, étant en quête d’emploi, ses parents lui diront : « Ma fille, cherches à te marier sinon après il sera tard ». La société est persuadée que le mariage est plus important pour la femme que son travail. D’autres personnes se basent sur les saintes Écritures (La Bible) pour vous rappeler qu’il y est mentionné : « Il n’est pas bon que l’Homme vive seul. » Ou encore, elles vous rappelleront le proverbe qui dit ceci : « La nature a horreur du vide » pour vous convaincre que c’est seulement dans le mariage que vous serez heureuse. En un mot : La femme doit nécessairement se marier.

La psychose

Il se crée alors dans l’esprit de cette dernière, une sorte de psychose si bien qu’à partir de la trentaine, la femme africaine qui n’est pas encore mariée angoisse, désespère et se jette souvent dans les bras de n’importe qui, qu’elle l’aime ou pas ! Pourvu qu’il lui passe la bague au doigt. De sorte qu’une fois mariée, elle ne fasse plus l’objet de délation de la part de son entourage. Ainsi, après les études, les jeunes filles, les femmes sont généralement plus préoccupées à se marier, fonder une famille, plutôt que de se trouver d’abord un travail et être indépendante. Une fois donc dans le foyer, certaines décident librement de ranger leurs diplômes dans les tiroirs pour se consacrer à leur mari, l’éducation des enfants ; la gestion du foyer. D’autres encore se sont laissées berner par les belles paroles d’un homme pendant qu’elles poursuivaient leurs études, rêvaient d’une belle carrière professionnelle. Elles y ont renoncé pour ces belles paroles : « Laisses tes études, je vais t’offrir une belle vie, tu ne manqueras de rien, je subviendrai à tous tes besoins financiers ».
Puis après cinq à dix années de mariage, ce n’est plus vraiment la belle vie qu’on espérait. Toutes celles qui ont cru en cela et ont renoncé à leur carrière s’en sont mordu les doigts, je peux vous l’assurer !

Le poids du « qu’en-dira-t-on ?»

Dans les débuts de votre vie commune, cet homme subviendra effectivement à vos besoins. Mais lorsque les difficultés commenceront à faire surface, les disputes au sein du couple, monsieur ne sera plus aussi généreux qu’auparavant. Te remettre de l’argent pour tes besoins deviendra un tracas. Cela dépendra de son humeur ! Te voilà ainsi à sa merci, dans une situation inconfortable, désespérante. Parfois le conflit conjugal ne se résout pas, la femme sur qui pèse la responsabilité de sauver le mariage selon l’opinion, lassée de supporter tout ce poids finit par fléchir, s’écroule. Ce, au vu de l’attitude de son mari à qui la société tolère toute sorte de dérives, notamment les infidélités…
Alors de peur d’être jugée par cette même société en cas de demande de divorce, elle préfère subir les préjudices et se taire. « Tu veux partir ?! Pars! Pars ! Si tu pars que le même scénario se reproduit vas-tu encore repartir ?»
Voilà comment le « qu’en-dira-t-on ?», « qu’en diront les autres ?» tue silencieusement les femmes. Ces dernières se confinent dans des situations où elles meurent à petit feu. Dans le même temps, ses diplômes qu’elle avait auparavant rangés dans son tiroir, dix années, vingt années passées ne lui sont plus utiles. Quand nous en arrivons à cette situation, ce ne sont que des regrets qui la hantent : « Si je savais ! »
Au regard de cette analyse ma question est la suivante : À QUI LA FAUTE ???? Est-ce à notre société ou à la femme elle-même ?
Certes, la société a joué et continue de jouer un grand rôle dans cet état de fait, mais la femme a également sa part de responsabilité. Pourquoi ?

Les questions essentielles

Lorsque vous étudiez, l’objectif est l’insertion professionnelle. Avoir un travail décent qui vous permettra de vous assumer pleinement, de vous prendre en charge, d’être épanouie et libre. Partant donc de ce principe, deux questions en découlent :
1- Pour qui vivons-nous ? Pour la société ou pour nous-mêmes ?
Nous vivons d’abord et avant tout pour nous-mêmes avant la société. Alors si tel est le cas, la femme doit prendre sa vie en main et ne laisser personne décider pour elle encore moins diriger sa vie.
2- Quelle est l’essence du mariage ?
Le mariage dans son étymologie est l’union LIBRE de deux personnes. Cela amène à déduire que la décision de se marier, le besoin de se marier est personnel. Je m’unis à X ou à Y parce que je l’aime et parce que je ressens intérieurement le désir de m’unir à cette personne. JE NE ME MARIE PAS À CAUSE D’UNE QUELCONQUE PRESSION VENANT DE L’EXTÉRIEUR, DE MON ENTOURAGE, MAIS JE ME MARIE PARCE QUE JE LE VEUX !!!
Étant aussi maîtresse de ma vie et avec toute la liberté dont je jouis, je peux également faire le choix de vivre dans le célibat. Parce que c’est ainsi que me sens heureuse.

Préférez le vide de la nature à la prison des hommes

Si à toi femme qui vis dans un mariage où c’est le calvaire, la situation est chaotique, tu veux reprendre ta vie, être en paix avec toi-même, te libérer et que quelqu’un te dit que tu dois forcement t’y maintenir, tu dois forcement vivre mariée sous prétexte que « la nature a horreur du vide », rappelle- lui qu’« Il vaut mieux vivre seule qu’être mal accompagnée ».

 

Source : afrique-sur7.fr

 

 


Source : Femme Afrique

11 COMMENTAIRES

  1. Tout ce que tu as dit est vrai ma chérie.mais c’est pas facile de revenir en arrière et recommencer avec les enfants

  2. Merci pour ces conseils merci de nous éclaircir​ sur ce fait. Et sa me permet de mieux réfléchir comme je ne suis pas encore marié

  3. Commenter : Merci pour vos idées. Je trouve qu’ il faut chercher à maintenir son foyer pour le bien des enfants. Quitter ou rester doit être une décision personnelle.

  4. très belle analyse. les femmes africaines meurent à petit feu dans les mariages sans avoir le courage de dénoncer la maltraitance qu’ elles subissent.

  5. Bien dit! Nos soeurs croient que le mariage est une fin en soi et elles oublient le plus important qui est le travail. Une femme qui s’assume pleinement est respectée dans la société. Et sachez que l’homme ne peut pas toujours vous donner.

  6. c’est très intéressant et il est grand temps que les femmes africaines prennent conscience du fait que le mariage n’est pas une fin en soi.

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